paroles du 19 mars

Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 01:40
Pour info, je fais partie des 300 manifestants arrêtés ce jour là, puis des 49 poursuivis ensuite. Je remercie dailleurs toutes les personnes, auteurs darticles, militants, qui nous ont soutenus, et qui nous soutiennent encore.

La fin du cortège arrive entre 18h30 et 19h à Nation, le ton est festif, pas de problème jusqu
à maintenant, les gens ne sont pas encore prêts à partir, et ça tombe bien, ils ont officiellement le droit de rester jusquà 21h. Il y a de la musique aux quatre coins de la place, des djembés par ci, un concert de hip-hop sur la pelouse, des drapeaux qui flottent sur la statue centrale.

Mais très vite l
ambiance devient malsaine, quelque chose ne tourne pas rond, des dizaines, des centaines de CRS affluent et bloquent toutes les artères de Nation, interdisant le passage. Des escouades prennent pied dans le métro, juste en bas des escaliers et dans les couloirs, et de là elles tirent des grenades, empêchant également laccès aux personnes désirant sen aller. Des manifestants qui ont tenté de passer par une petite rue à côté refluent en courant vers le centre de la place, à leur trousse des lignes de CRS. Il y a du gaz dans l
air, dans tous les sens du terme, les flics se rapprochent progressivement, encerclent Nation petit à petit, les yeux piquent, la respiration se fait plus difficile : ça pue le lacrymo.

Quelques feux de poubelle se déclenchent ici et là, pas de quoi fouetter un chat. Des individus encagoulés, barre de fer à la main, jettent des projectiles en direction des hommes en bleu puis, quelques minutes après, surprise ! ils se ruent sur un manifestant et le rouent de coups, avant de le traîner vers leurs collègues rangés en ligne quelques mètres plus loin. Tactique perverse des flics en civil, vieille comme le monde mais qui surprend toujours…

Nation se révèle être une souricière de premier choix, tandis que les policiers font le ménage dans la place, beaucoup de personnes se réfugient sur le terre-plein et autour de la statue (qui représente le «Triomphe de la République», tout un symbole !), espérant échapper aux arrestations arbitraires. Mais bientôt ces derniers se retrouvent complètement encerclés, comprimés les uns contre les autres, sans aucune issue, abasourdis par la manœuvre policière à laquelle ils assistent. Parmi les encerclés, trois hommes dégainent soudainement des matraques télescopiques et s
attaquent à un jeune homme qui na pourtant rien fait, le frappent, et lentraînent vers les lignes de CRS. Encore une intervention musclée des flics en civil, qui déclenche la colère générale. Certains «gardiens de la paix» tiennent en respect la foule à laide de flash-balls. Après plus dune heure dencerlement, les condés décident enfin de libérer les captifs, brisant à coups de matraque la chaîne humaine qui sétait formée autour de la statue, insultant et contrôlant lidentité de chaque personne présente, un par un. Ceux qui n
ont pas de papiers passent directement par la case commissariat.

À 21h30, on pensait la manifestation totalement dispersées, quelques groupes ci et là, encore sonnés par la violence de cette intervention, stationnent sur la place. Mais apparemment, les forces de l
ordre nen ont pas fini puisque les CRS bloquent toujours laccès au métro, gazant et frappant à tout va. La soirée se finira par une nouvelle flopée darrestations. À noter que les journalistes, pourtant présents en nombre, nont relayé qu
une pâle copie du communiqué de la préfecture de police.

Bilan de ce début de soirée : 300 arrestations, 50, ah ! non pardon 49 (ce chiffre fait plus crédible) personnes seront par la suite poursuivies en justice, interdites de manifestations au moins jusqu
à leur jugement, et peut-être privées de leur droit de vote, ainsi que plusieurs manifestants littéralement passés à tabac. Certains sont passés en comparutions immédiates et sont toujours incarcérés. Un coup de filet qui avait pour but de faire des exemples. Le pouvoir craint la contestation qui enfle, cest pour cela quil durcit sa répression : pour museler cette révolte qui gronde. Alors que Julien Coupat est toujours en prison malgré le manque flagrant de preuve, que des jeunes sont piégés, intimidés, incarcérés par la police, il est à craindre que cette emprise du pouvoir se reserre encore
Par Jules
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