Voici un texte de soutien et de reflexion de Nicolas Mourer, animateur à la radio des Chroniques rebelles sur Radio Libertaire (89.4FM) :
"Il est des heures sombres. L’histoire nous en rapporte assez, comme la mer charrie un courant noirâtre et pétrolifère. Il est des heures sombres, des heures qui nous reviennent, ressemblantes aux autres, comme si la violence manifestait son impossibilité même à se renouveler, pas même à se parodier. Tout est douleur et la douleur à la douleur ressemble. Tout est semblable au semblable d’hier : la rafle, facile dans l’intervention, confondante surtout parce qu’elle relègue celui qui est raflé au rang de juste pour les résistants et de voyou pour les aveuglés de la grotte.
Ce que je comprends et ce que je récuse, en soutien à celles et ceux qui ont eu la malchance de se trouver dans le panier de crabes du 19 mars qui ouvrira ses pinces dans une arrière salle de tribunal au mois d’avril, ce que je pense, c’est précisément que les manifestations deviennent une institution, un disneyland de la contestation où l’illusion de la lutte est orchestrée pour mieux étouffer ceux qui croient encore à son utilité : c’est un pan de la démocratie qui finit par lasser. C’est une expérience qui se contrarie elle-même, c’est une surprise de Noël, un secret de Polichinel. Elle dément son efficacité dans l’intervention de la force de l’ordre, parce que c’est cette force qui la prépare pour mieux la refermer. La manifestation est ennuyeuse, parce qu’elle répète le geste initial de l’opposition fondamental et primordial que nous portons en nous. Elle répète seulement : c’est la forme grabataire de la contestation.
En regard de ce qui se tient là, la décision du Juge, il va falloir se jouer de l’interdit arbitrairement posé par la Loi et qui repose sur cette structure perverse : tu as le droit de manifester mais tu n’as pas le droit. Tu as le droit de t’exprimer mais il nous faut de la délinquance pour fabriquer et justifier (est-ce le bon terme ?) ta parole qui s’oppose.
Ce ne sont pas des mais d’opposition, mais des mais de piège.
Il faut penser l’après manifestation, de toute urgence. Je parle de cette manifestation-là et de toutes les autres qui seraient à venir, toujours déjà préparées, filmées, promptes à arrêter, désigner, abrutir.
Je crois qu’il est nécessaire de réfléchir à un mode d’action dont je n’ai pas, ici, les clés. Un mode d’action qui brise la tradition du cortège et du stéréotype du « dérapage » qui le termine et sert d’alibi pour construire la figure du militant terroriste.
Il va falloir peut-être s’unir en se dispersant, imposer une nouvelle transgression, abuser par en-dessous, par devers les puissants, comme pour les imiter et les prendre à leur propre piège. Ils le font si bien à notre égard.
Si l’interdit doit devenir le point où cesse le pouvoir, cette cessation nous laisse une latitude pour subvertir, transgresser autrement que par des moyens frontaux.
En pensant à ce jour, je me tiens prêt pour soutenir celles et ceux qui, ici, comme ailleurs, se sortiront des
griffes d’une justice qui ne sert à rien et portent en eux les fruits d’une contestation à venir, à définir, à penser sans cesse."
Pour info, les prochaines chroniques rebelles seront les samedi 11 et 18 avril à 13h30 sur Radio Libertaire (89.4
FM)
Ce témoignage a été laissé en commentaire sur un des articles du blog, son auteur préfère rester anonyme :
"Nous arrivons place de la nation vers 19h (les cortèges universitaires n'ayant pu partir de république que vers 17h vu le nombre de manifestants) l'endroit ne pouvant se vider vu l'affluence des
gens, un concert à lieu sur un camion, certains jouent de la musique et discutent autour de la statue. D'autres jeunes qui arrivants continuent à crier des slogans et font le tour de la place de
manière assez dispersés s'aperçoivent que toute les routes sont bouchés par les CRS, des groupes sont obligés de faire demi tour à plusieurs reprises.
L'incomprehension regne (première manif pour beaucoup) mais aucune violence n'est commise, cependant une goute va faire déborder le vase (bien remplie mais dans une bassine..). Lorsque des
étudiants tentent de prendre le metro et se voient bloquer l'accès à l'intérieur de la gare par une vingtaine de policiers (pas des CRS), certains décidés à passer s'approche et la les policiers
chargent en repoussant tous le monde jusqu'aux escaliers et en faisant usage de gaz lacrymogènes. Certains fous de rage ripostent en envoyant tous ce qu'ils trouvent sur les policiers en bas des
escaliers pendant que les autres pleurent et suffoquent. De là quelques feux s'allument (3 exactement avec des cartons de poubelles) certains s'en prennent aux CRS (quelques projectiles volent)
et des meneurs crient pour que les jeunes s'approchent plus des CRS mais tous le monde voient les policiers en civiles. Ils tentent d'arréter quelqu'un mais sont pris à parti par la foule et ils
se réfugient vers les CRS. Quelques échanges de projectiles et de charges ont lieux (2), les CRS sont maintenant à l'extrémité de la place sur les routes (avant ils étaient à 200 mètre plus loin
sur les routes). Une rumeur de soupçon tourne comme quoi un ou 2 meneurs entièrement cagoulés (avec des vrais cagoules) qui appellent à l'affrontement et auraient participer à allumer les feux
seraient des policiers, un relief à leurs ceintures rappel les civiles..(peut-être une paranoïa)
De charges en charges les CRS de plus en plus nombreux (en tout, du début à la fin, 500 voir 1000) resserrent et forment un cercle ils sont maintenant au niveau des bouches de metros et de chaque
cotés du camion ou se déroulait le concert (maintenant sur leur diamètre) les gens commencent à tourner en rond se demandant par ou sortir.. Les CRS resserrent encore la souricière jusqu'à
entourer la statue. C'est la panique générale, nous sommes de plus en plus compréssés les un contre les autres, certains se rebellent et envoient se qu'ils peuvent (c'est la qu'il doivent se
faire repérer). Moi je trouve une issue avec quelques filles et adultes que des CRS laissent passer ("à la tronche" il y a du en avoir beaucoup comme cela car il y avait bien plus que 300
encerclés au départ entre 1000 et 1500 au moins). je rejoint des spectateurs à l'extérieur du cercle qui étaient passés à travers les mailles sur des pelouses surélevé ou qui étaient revenu voir.
Et la un escadron entier d'environ 15 ou 20 camionnettes de CRS arrive encore, ils sortent et commencent à se positionner à nouveau aux extrémités de la place (limite route/place), on s'empresse
de passer derrière ce 2ème cordon en train de se positionner, nous passons à l'extérieure et certains se mettent face à nous alors que nous étions une vingtaine et nous menace avec flash ball et
gazeuses de manière ridicule. certaines personne essaie de parler avec eux d'autre les traitent de fascistes. On aperçois derrière le 2ème cordon une partie de ces CRS qui chargent, là de manière
très violente, des spéctateurs restés coincés entre les 2 cercles qui n'avaient visiblement rien fait du tout et de nombreux policiers en civiles accourir dans tous les sens. Bizarrement à ce
moment plus aucun média n'était présent sauf une télé arabe. Quelque temps plus tard on à vue des copains commencer à arriver (surtout des filles) disant qu'on les avaient laissé passer avec un
controle d'identité, le filtrage du 1er cercle avait commencé. Ils en ont probablement gardés 300 mais nous ne pouvions pas voir se qu'il se passait à l'intérieure du 1er cercle d'ou nous étions
car il était de l'autre coté de la statue.
Des gens parlaient également avec des civiles postés à coté du 2ème cordon ou sortaient les personnes: une prof: "jai vu les CRS charger sur des jeunes qui n'avaient rien fait!" un civile: "il
avaient allumés des feux et l'heure de la manifestation était dépassé.."
J'ai décidé de rentrer chez moi avec des relans de dégouts.
Voila je décris les évenements dans la pure vérité tel qu'ils se sont produit devant mes yeux et mes oreilles.
Les 49 sont interdit de tous rassemblements déclarés ou non et doivent pointer toute les 2 semaines pour certains au comissariat alors même que leur jugement n'est pas passé... D'autres se sont
fait simplement tabasser. d'autre témoignages doivent être récolté pour créer une défense commune. "
Deux autres
textes, écrits par des témoins présents lors de la fin de manifestation à Nation récupérés sur Indymedia :
"Nation 19h : Il y a encore des manifestants qui arrivent (sachant que la manifestation a débuté à 14h, et qu’elle est donc
partie avant). Aucun CRS, ni policiers aux alentours. Mini-concert, ambiance festive. 19h30 : (toute les horaires sont approximatifs, je ne regardais pas trop ma montre).
On voit une certaine tension qui monte. Rassemblement pas mal de monde. Un cortège d’une 200ene de personnes (ou plus) partent dans une rue pour une manifestation sauvage en criant "Manif’ sauvage, et grève générale !". La des CRS sortent d’un peu nul part et bloquent la rue. Ils s’engouffrent alors dans une ruelle. Au bout, encore des CRS. Gazage (certains parle de jet d’eau mais je l’ai pas vu de mes propres yeux). Les manifestants reviennent sur la place. A noté que pour le moment, il n’y avait pas encore de jet de projectiles (ou vraiment très peu). 20h : Il reste encore beaucoup de monde (ca se compte en 500en).
Début des problèmes. Les CRS commencent à se montrer (en fin de chaque rue). Ils avancent vers la place. La certains se dirigent vers le métro (en pensant se rejoindre autre part pour une manifestation sauvage). Mais les CRS sortent de nulle part et charge dans les couloirs pour faire sortir tout le monde. 2 Interpellations à ce moment je crois.
Ils sont en bas des escaliers, les manifestant en haut ou sur la place. Jets de projectile vers les CRS et réponse au flash-Ball (quelques coups, donc certains arrivent sur des manifestants, notamment à la jambe). Cet affrontement dure un peu. Des tas de détritus et de poubelles commencent à brûler.
Pendant ce temps, les CRS commencent à entourer la place, il y a encore un concert un peu plus loin. 20h30 : Affrontement entre manifestants et CRS. Les CRS resserrent des manifestants au centre. Ceux-ci, qui commence à comprendre qu’avec le problème au métro, ils n’ont pas vraiment d’issues Les affrontements étaient des jets de projectiles de la part de certains manifestants, mais les CRS était plutôt violents et certains avaient visiblement pétés les plombs ou étaient complètement bourrés.
De mes propres yeux j’ai vu un mec qui parlait avec son pote tranquillement, sans foulard rien, les CRS avancent dans son dos (quand on est entouré, dur de voire tout), il se prend un coup dans le dos, se retourne, puis dans la face. Il rejoint des manifestants plus au centre en saignant. Puis, environs 250 personnes se retrouvent coincées au centre, l’ambiance se calme, certains jouent de la musique et dansent pour apaiser l’ambiance et espérer naïvement un fin plutôt sans problèmes.
Puis à nouveau gazage sur un mec qui tentait de parler pour sortir (j’en prends en même temps, pour l’occasion...). Puis des policiers en civils (très nombreux), chopent quelques personnes et les emmènent derrière les lignes de CRS. 21h : J’arrive à sortir je ne sais pas trop comment de cette saloperie de piège, en suffoquant, le visage carrément brulé par leur gaz et en montrant vaguement ma carte. Je vois au loin du feu dans une autres rue, puis dans une autre, puis les pompiers. Je vois aussi des groupes de jeunes révoltés, qui se font arrêter au « faciès ».
Je rentre dans le métro hébété la rage au cœur et je vois une masse de gens qui ne savent, et ne sauront surement jamais la répression qu’il y a en haut sur cette saleté de place. Qu’on subit pour nos idées. A noter que je n’ai lancé aucun projectile.
Bilan : Plus de 300 arrestations, 49 poursuites judiciaires, 13 blessés dans la police selon les médias qui ne donneront aucuns chiffres sur le nombre énorme de manifestants blessés et tabassés par la police cette journée ni sur les violences qu’ont subies des copains et copines dans les commissariats ou ils et elles se sont fait rafler (on commence à recouper de nombreux autres témoignages la dessus).
On invite donc un maximum de gens qui ont étés victimes de ces violences policières place de la nation à témoigner partout sur le net et les médias indépendants
Un manifestant"
Second témoignage :
Paris place de la nation un 19 mars 2009
"Compagnies « Républicaine » de Sécurité « protéger et servir » qu’ils nous disent
Il est presque 21 heures avec une copine on est encore sur la place de la Nation ou des baceux en « civils »mobiles et crs commencent à tabasser en s’en donnant à cœur joie, on est à peu prés a la hauteur d’un rade de la place de la nation qui jouxte l’avenue Alexandre Dumas. Ma copine est terrorisée c’est la première fois qu’elle voit des flics aussi haineux et violents.
Soudain on voit les gendarmes mobiles bouger et avancer ca nous permettra de sortir de cette foutue place de la Nation qui s’est transformée en véritable nasse policière, un véritable piège orchestré complètement par la préfecture de police.
Avec la copine on speede (sans pour autant courir) alors coup de chance pour nous deux on arrive à passer et a se faufiler derrière les mobiles, qui partent aussitôt matraquer comme des sauvages et encercler ceux et celles qui ont eus la malchance de se trouver prés de la statue de la « nation » Ouf on arrive à passer mais ma copine a eus très peur mais bon quand on fait 1 m 60 et même pas 50 kg c’est vrai que il y a de quoi flipper quand on voit le gabarit de monstres des mobiles et des baceux.
Prés du kiosque sur le terre plein central les couloirs et la bouche de métro se sont remplies de baceux super violents épaulés par les brutes épaisses des GPSR *1 de la Ratp , les baceux ont déjà gazés et tirés quatre ou cinq coups de flash balls a moins de trois mètres sur de manifestants et manifestantes qui ont tentés de se réfugier par cette saloperie de bouche métro, tout le monde fuit alors cette bouche de métro maudite, du coup il sera très facile comme vous pouvez l’imaginer, à la flicaille d’encercler plus de deux cents camarades qui se trouvaient prés de cette saleté de statue de la « nation ».
La on n’a pas compris alors qu’on se trouve toujours prés de ce foutu rade toujours à l’angle du boulevard Philipe Auguste on voit arriver en plus des renforts de Crs qui pour certains ont l’air complètements bourrés il y en a un qui manque carrément de se casser la gueule en sortant d’une de sa camionnette , comme on se trouve maintenant derrière leurs camionnettes on les voit taper comme des malades sur la place de la nation, sur tout ce qui de prés ou de loin ressemble a un jeune, un Crs apparemment un brigadier s’en prend alors sans raison au patron du café en lui disant ( notez la finesse du jargon de Crs ) « toi tu ferme ton bordel de bistrot de merde ou tu va avoir affaire a nous et à la pref » comme celui-ci fait ce qu’il peut un brin paniqué pour ranger sa terrasse et que pour ce Crs ca ne va pas assez vite, il se prend sans aucune raisons en pleine face un coup de gazeuse lacrymo.
La une petite gamine très courageuse s’approche de cette brute et lui crie dessus « mais il vous a rien fait lui vous êtes complètement cinglé », réponse immédiate du pandore « toi la connasse tu ferme ta gueule, les putes et les salopes dans ton genre faudrait les massacrer ». je crois relire tout les bouquins de Maurice Rafjus en entendant cette horreur.
Les Crs finirons alors par nous repousser (on est encore grosso modo une petite vingtaine) sur le boulevard Philipe Auguste, laissant on le saura plus tard passer derrière nous au compte goutte quelques manifestants les yeux en larmes a cause des lacrymos , certains ont pris des coups de matraques et ont échappés de justesse aux rafles dans les « bétaillères » ( c’est comme ça qu’on appelle leurs cars a rafles de la police a paris) .
Voila ce qu’est la « démocratie » de M…de (excusez la crudité du mot mais j’ai la rage et la haine ce soir) de la Michèle Alliot Marie et de Sarkozy 1er
Voila pour ce témoignage en espérant qu’il y en aura d’autres on peut pas continuer a se faire tabasser et réprimer de la sorte sans réagir, j’invite le maximum de gens qui ont été victimes de violences policiéres ce 19 mars 2009 a Paris comme en province témoigner partout ou il sera possible de le faire, ces violences policières on ne doit plus les passer sous silence
*1 les Gpsr sont les miliciens de la « sécurité » Ratp des brutes épaisses qu’ont voit souvent épauler les flics lors de rafles dans le métro et même parfois prés des bouches de métro.
Un manifestant écœuré"
Ce témoignage met en lumière les conditions de garde-à-vue et surtout l'obsession de la police en ce moment :
"ficher" tout le monde à tout prix grâce (à cause ?) de l'ADN.
"Je ne reviendrais pas sur les descriptions du bordel qui régnait à Nation, çà a déjà était fait à d’autres endroits. Je
préfère porter ma contribution sur les conditions de mon interpellation puis garde à vue.
Aux alentours de 20 h je me trouve donc au milieu de Nation a observé le cirque : projectiles d’un côté contre matraque de l’autre. Poser au milieu de la pelouse avec cheiche et bonnet, pantalon
gris et veste bleu marine, j’observe le ballet des schtroumpfs. Quand tout à coup un détachement s’avance, moi sûr d’avoir rien à me reprocher, je ne bouge pas. Erreur, le gros de devant crie ‘on
l’embarque’ et vu les kilomètres de manifs, les jambes sont un peu molles à réagir et je me fais cueillir.
Je me fais donc ramener entre trois CRS dans les rangs arrière et j’entends alors que la raison de mon inculpation est d’avoir lancé des cannettes en direction des flics. Chose que je n’ai pas
faite.
Je reste, la gueule dans la pelouse, un genou dans le dos, le bras dans une position inhabituelle à me faire fouiller, tourner et retourner par des types qui n’on pas compris qu’on ne peut être à
la fois sur le dos et le ventre en même temps et qu’on ne peut pas enlever son sac à dos quand on a le bras tordu… Je me fais alors passer un ‘serflex’, menotte en plastique pas cher et pratique
: ca sert et c’est flexible… Comme je m’étais pas débattu lorsque je me suis fait chopper, ils ont eu la délicatesse de ne pas me sectionner les poignets avec, contrairement au gars qui vient de
se faire jeter à côté de moi et qui remue un peu trop au goût des bleus : ces mains ressembleront à celles du tableau de Picasso après quelques heures… un troisième gars nous rejoint puis on est
emmené sur une autre partie de la place, un peu plus loin des affrontements. On nous fait asseoir, puis on nous promène à un autre endroit, puis vers un autre camion, et puis dans un bus.
Il doit être maintenant autour de 9-10 heure, le bus contient une douzaine d’interpellés, des baqueux, et des nationaux. On attend encore. Des gars ont la gueule en sang, un autre git par terre
au fond du camion, menotte au poing. Les flics sont plutôt odieux, nous fumes presque à la gueule et nous parle comme des merdes, ce qu’on leur rend bien, entre nous on s’entraide, on sort les
boulettes de shit des poches et les gobes, on se remonte les baggys que les flics ont plaisir à voir tomber sur les genoux, on parle. La plupart des gens sont là sans raison véritable. Certains
se sont fait embarquer lorsqu’il voulait quitter la place, d’autres parce qu’ils étaient un peu trop rond, d’autres parce qu’ils n’avaient pas leur pièce d’identité, etc… Le temps passe, des
personnes interpellées nous rejoignent encore, on à bien l’impression qu’il faut un quota et qu’on partira pas tant qu’il sera pas atteint. Vers 11h, on est ‘complet’, la caravane part, sirène
devant, sirène derrière, direction le comico central du 18°. La bas on attend encore, on nous fait signer un papelard pour nous informer de notre mise en gav (garde à vue), on nous fouille
jusqu’à nous faire baisser notre calbut’. On se retrouve finalement à 8 dans une cellule. Deux spots de lumières et deux caméras dans la gueule. Au bout d’une demi heure / une heure, ceux qui
vont passer la nuit en gav, sont emmenés au commissariat de la goutte d’or parce qu’apparement on peu pas gardé les personnes en gav… Vers minuit on est donc débarqué la bas, des quinze qui était
avec moi dans le bus, y en a encore à peu près la moitié. Certains sont auditionnés tous de suite, ce sera pas mon cas, j’attendrais 10h30 le lendemain. Dans ma cellule deux autres gars qui sont
la pour autre chose, on discute de tout, notamment philo : ‘faire des choix c’est renoncer’.
Nuit passée à même le sol, sans couverture, heureusement il fait pas trop froid et les flics qui nous surveillent ne sont pas des batards, ils nous laissent aller pisser quand on le demande.
Au matin, audition par un opj (officier de la police judiciaire), il me dit que les faits retenus contre moi ne sont pas grave, que je devrais bientôt sortir, j’ai du mal à la croire puisque des
potes à moi ont pris 4 mois avec sursis en 2006, mais bon.
Je passe alors en salle d’empreintes, pas de souci pour les digitales, mais je refuse pour l’ADN, ils me sortent le speech habituel des 2 ans de prison et 15000 euros d’amende, je maintiens ; on
me renvoie dans ma cellule. Quelques minutes après l’opj vient me chercher et me dit qu’il ne comprend pas mon choix, que je pourrais être libre mais que je m’obstine en refusant cette procédure
et que du coup, de fait je me mets en délit. Je lui réponds que si j’étais à la manif c’est parce que j’ai des engagements politiques et que je compte pas cracher ma salive, mes cellules, mon
corps, ma vie. Il me ramène alors en cellule, puis au bout d’une petite demi-heure revient me chercher. Il me ramène dans son bureau, me lit le code pénal qu’il vient de photocopier et continue
sa pression et son chantage. Je ne cède pas. Mais de son ‘les faits qui vous sont reprochés ne sont pas graves, il manque des données dans la procédure (il manquait notamment de la personne qui
m’avait interpellé), vous devriez sortir cette après midi’, à son ‘je peux chercher, et faire la lumière dans cette affaire, ca va prendre du temps, vous me dites que vous êtes innocents, mais ce
n’est pas ce qui est écrit’ ; la pression est montée. Et finalement au bout qu’un quart d’heure de dialogue plus ou moins de sourds, je synthétise ces propos :
Soit je bave sur leur sucette à ADN et je suis libre dans une heure, soit ils vont faire la ‘lumière sur cette affaire et dans ce cas là il me garde en gav pour 48 heures, puis en détention
provisoire et je suis déféré devant le procureur lundi matin et poursuivi pour violences aggravées (= violences sur personne dépositaire de l’autorité publique par arme à destination, puni de 5
ans de prison et je sais plus combien d’euros)’ et refus d’adn. Du coup connaissant le véreux des flics et la facilité avec laquelle l’opj aurait trouvé un pourri qui aurait dit m’avoir vu lancer
n’importe quoi, je capitule, et vais sucer leur éponge… une heure après je suis libre et rien n’est retenu contre moi.
Points importants / conseils et commentaires :
- Les arrestations arbitraires en fin de manif ne servent pas qu’à faire du chiffre, elles servent surtout à remplir le fichier adn. Toutes les personnes qui sont sortis en même temps que moi, et
à qui ont reproché des faits similaires ou moins graves et toujours aussi inventés ont craché.
- Une fois arrêté et tant qu’on n’a pas encore le serflex, évité de s’agiter, les flics se font un malin plaisir à le serrer et fait mal au bout de trois heures
- l’organisation des flics fait que les interpellés sont refiler de gars en gars et du coup les flics ne savent pas du tout ce que vous avez fait ni qui vous êtes. Ce qui a l’avantage de nous
faire voir plusieurs spécimens de flicaille (du gars correcte au pur sadique au crâne rasé), mais l’inconvénient que les flics qui nous ont interpellés disparaissent dans la nature.
- En ce qui concerne la carte d’identité, je conseillerai de l’avoir sur soi mais plutôt cacher. Parce que dans mon cas j’aurais pu me barrer du panier à salade vu que le serflex n’était pas très
séré, je pouvais l’enlever, mais comme ils avaient ma carte, je ne pouvais rien faire. Si je l’avais eu dans le froc, ca aurait changé la donne… Mais je conseille de l’avoir quand même sur soi,
sinon un de vos proches devra faire un détour par le comico pour l’apporter à la bleusaille.
- Si jamais ca vous arrive de faire un tour en gav, pensez à prendre les noms des personnes qui restent au comico quand vous sortez, y’a souvent un comité de soutien à la sortie (que je remercie
grandement) qui peuvent prévenir un avocat. Dans mon cas, deux personnes risque gros puisqu’elles ont reconnu les faits (ce qu’il faut jamais faire, tant que ce n’est pas prouvé…)
Un enragé fiché…"
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